Kenjah expliquait d’abord l’intérêt du cycle « que reste-t-il du passé colonial » de l’Université populaire de la Villeneuve et situe la France dans une phase décoloniale depuis 2015.

« Le programme « Que reste-t-il du passé colonial ? » est important pour plusieurs raisons : la plus importante, c’est que nous sommes entrés depuis 2015 dans la phase décoloniale. Une phase où un certain nombre d’analyses sur le fonctionnement de la société, de l’État et du capitalisme, vont puiser dans l’expérience coloniale. Elle suit celle des mouvements sociaux, qui s’est construite sur l’analyse des luttes sociales de manière classique. On a eu l’impression qu’il y a eu une juxtaposition de ces analyses sociales du contexte national et puis de l’histoire et de la géographie un peu lointaine. En France, en général, la dimension coloniale est perçue comme concernant des pays et des territoires lointains ainsi qu’une histoire passée. Le propre du moment décolonial c’est de réintégrer cette dimension historique et géographique au sein même de l’hexagone et de la société française. Ceci est fait par plusieurs cheminements, notamment les dépassements des analyses en terme de racisme moral, c’est-à-dire qui essayaient d’accuser X, Y, Z d’être raciste. Il existe tout un nombre d’analyses qui essayent de montrer que ce n’est ni pertinent ni efficace d’essayer d’analyser le racisme à travers les individus et d’avoir une position morale sur le racisme. Ce qui est plus intéressant et plus décisif pour la société, c’est d’essayer de déconstruire le fonctionnement social et systémique du racisme pour s’apercevoir que ce dernier va puiser dans une histoire à travers laquelle l’État français s’est constitué. Il est important de réintroduire l’histoire coloniale de la France dans une compréhension de ce qu’est devenu l’État et où il va aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard si ce moment décolonial coïncide avec celui de l’islamophobie et d’un durcissement policier de la société. »

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